C’est certainement la plus grande surprise des JO de Tokyo. A 23 ans, la Bulgare Ivet Goranova est devenue championne olympique en dominant sans discussion toutes les favorites (Ozcelik, Terliuga, Wen…). Depuis, sa vie a changé… Elle est devenue une héroïne. Elle nous raconte ses Jeux, son karaté, son quotidien, ses ambitions pour les Mondiaux de Dubaï (16-21 novembre)…

Par Ludovic Mauchien


On connaissait le coup du parapluie. Il faudra désormais aussi faire avec le Yoko geri bulgare. La faute à qui ? Une petite Karatéka de 23 ans qui a eu la bonne idée cet été de gagner les Jeux olympiques.

Ivet Goranova a remporté l’une des 3 médailles d’or de la Bulgarie aux JO de Tokyo, les 1ères depuis 2008 pour ce petit pays de 7 millions d’âmes. Et sa vie a changé… ! Elle est devenue une héroïne pour le peuple bulgare, un exemple à suivre. Non seulement elle a gagné le Graal, la médaille d’or olympique et, en plus, avec la manière. A Tokyo, elle a balayé toutes ses adversaires, Wen (5-2), Ozcelik (5-1), Bahmanyar (5-1), Plank (4-3) et Terliuga (4-1).

Elle qui aime la tranquillité des petites villes a dû se faire à la popularité d’une médaillée d’or. Mais elle n’a pas pour autant modifié ses habitudes. Elle habite toujours à Dolna Mitropolia, une bourgade de 3000 âmes, au cœur du pays, à quelques encablures de la frontière avec la Roumanie. Elle s’entraîne avec son coach de toujours, Angel Stefanov, à qui elle rend un bel hommage, et s’est préparée pour les Mondiaux de Dubaï comme elle l’avait fait pour les JO de Tokyo, en Serbie avec la championne olympique et du monde, Jovana Prekovic. Si elle a réalisé son plus grand rêve, il lui en reste encore, à commencer par devenir championne du monde. Pour mémo, en 2018, elle s'était classée 3e à Madrid.

Championne olympique ! Ca fait quoi ?

Je suis très contente de moi. J’ai réalisé mon plus grand rêve. Mais le titre olympique est assez lourd à porter. C’est difficile de rester au top après un si beau succès.

Depuis ton retour du Japon, que s’est-il passé ?

Ce fut une période très fatigante pour moi. Il y a eu beaucoup d’intérêt médiatique autour de moi et il y en a toujours. Mes interviews et photos ont été diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnes m’ont accueilli à l’aéroport et dans ma ville natale. Tout le monde est fier de moi et me prend en exemple. En ce moment, je suis une héroïne pour le peuple bulgare.

« A TOKYO, JE PORTAIS UNE PIÈCE D’OR ET UNE ICÔNE ! »

Tes souvenirs du village olympique ?

Mon seul et unique souvenir de Tokyo est ma médaille. Je n’ai pas eu le temps d’acheter d’autres souvenirs au village olympique.

L’image qui te revient de tes JO ?

Quand je suis en haut du podium, lors de la remise des médailles !

Tes souvenirs du jour de la compétition ? As-tu le sentiment que tu étais « dans le flow » ?

Je portais une pièce d’or et une icône ! Je pense que tous les athlètes sont très croyants avant une compétition (Hahaha) !

Tu as battu Wen 5-2, puis Ozcelik 5-0 en ouverture des Jeux. Qu’as-tu pensé à ce moment-là ?

Après ces deux victoires, je savais que j’avais encore un combat avec l’Iranienne (Bahmanyar). Je ne voulais pas me relâcher et perdre. Je suis restée concentrée jusqu’à la fin et je prenais match après match. J’ai pris beaucoup de plaisir dans tous mes combats.

Quelle est l’importance de ton coach, Angel Stefanov, dans tes performances ?

Notre relation entraîneur-athlète est très forte. La plupart du temps, je m’entraîne uniquement avec lui. Pour les Jeux, c’était mon unique partenaire d’entraînement. Nous nous entraînons ensemble depuis 9 ans. Sans lui, je n’aurais certainement pas gagné beaucoup de mes médailles.

« TU N’AS RIEN À PERDRE, C’EST TOUT OU RIEN […] TU DOIS JUSTE T’AMUSER »

Ton état d’esprit avant la finale olympique ?

J’étais très calme. Je me disais : « tu es en finale des Jeux olympiques, tu n’as rien à perdre. J’étais venue pour l’or. Je ne pensais à rien d’autre. J’étais 100% en confiance. Tout ce à quoi je pensais, c’était : « tout ou rien ».

Tu as battu Anzhelica Terliuga en finale. Avais-tu préparé quelque chose de spécial contre elle ?

J’ai souvent combattu Terliuga. Je la connais très bien, comme elle me connaît aussi par coeur. J’adore combattre contre elle car elle est n°1 au ranking. Qu’as-tu à perdre quand tu affrontes l’une des meilleures ? Tu dois juste t’amuser. Elle est très expérimentée et rusée. Chaque combat avec elle est intéressant et attrayant. Je pense que je suis une adversaire très inconfortable pour elle.

Si je te dis que tu es la surprise des JO de Tokyo, es-tu d’accord ?

Je suis complètement d’accord. Je sais que personne ne s’attendait à ce que ce petit pays, la Bulgarie, ait une championne olympique. Mais, désormais, tout le monde sait où se trouve la Bulgarie !

Quelle est ta technique préférée ?

Yoko geri. C’est une technique puissante et quand mon adversaire en prend un, elle se sent affaiblie.

Qu’aimes-tu faire en dehors du Karaté ?

J’aime conduire. J’aime passer du temps avec mes amis. J’aime regarder des films.

Quel est ton quotidien en Bulgarie ?

Ces dernières années, je ne me suis consacrée qu’au karaté. Mais je suis étudiante en économie. Après les Jeux olympiques, j’ai commencé à travailler dans la police.

« MON RÊVE ? DEVENIR CHAMPIONNE DU MONDE ! »

As-tu des modèles ?

Je n’ai pas d’idole. J’aime et je respecte tous les champions. Je pense que chaque athlète est différent et unique. Chacun doit rechercher ses points forts. J’ai appris des grands champions la discipline, le respect et l’état d’esprit. J’ai observé leur attitude avec les gens et leur humanité.

Si tu as un conseil à donner à un enfant qui rêve d’être champion, quel serait-il ?

Le secret du succès est dans la discipline, la persévérance, la ténacité et votre degré de motivation.

Quel est ton rêve désormais ?

Mon rêve ? Devenir championne du monde ! Je veux gravir tous les sommets du karaté !

Qu’aimes-tu particulièrement en karaté ?

Le karaté, ce n’est pas seulement combattre, il faut aussi être malin ! C’est un sport intelligent.

Ta préparation pour les Mondiaux de Dubaï ?

Je me suis de nouveau préparée en Serbie, comme pour les JO. Je me suis entraînée avec une autre championne olympique, Jovana Prekovic. Et j’ai disputé plusieurs compétitions.